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Lorsqu’on en a marre : La Guérilla de la Poésie Urbaine
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March 10, 2016

poetry

“Abdoulaye, Faut pas forcer !” Bruyant mais non-violent, Y’en a marre a redéfini l’activisme politique au Sénégal grâce à la force du vers et ce qu’on appelle “Guérilla de la Poésie Urbaine.” En 2011, Y’en a marrea été lancé par les rappeurs Fou Malade, Thiat et Kilifeu, ainsi que les journalistes Fadel Barro, Aliou Sane et Denise Sow. Ils étaient déçus par la politique et la justice sociale de leur pays et ont donc créé l’idée de « Le Nouveau Type de Sénégalais » dans le but de promouvoir une jeunesse et une communauté plus engagée politiquement et socialement. Ils voulaient créer un mouvement citoyen, responsabiliser leur communauté à s’exprimer et à défendre leur vision du Sénégal.

L’activisme social se trouve au centre de leurs intérêts, et ils ont œuvré à la promotion de l’engagement civique pour l’élection de 2012. Alors, comment ce groupe de rappeurs et de journalistes a pu avoir un tel effet sur l’élection ? Leur approche était diversifiée. Au départ ils organisaient des manifestations, mais ils étaient souvent arrêtés par la police et ont donc cherché de nouvelles méthodes. Ils ont lancé une campagne, avec le slogan « Ma carte (électorale), mon arme » qui avait pour but de faire inscrire plus de jeunes électeurs sur les listes électorales. Ils allaient aussi dans les différents quartiers pour parler de l’élection, et ils jouaient leur single « Faux ! Pas Forcé. » à l’aide d’une stéréo. Cette chanson, une critique de l’administration Wade, est devenue l’hymne de nombreuses manifestations tout au long de la période électorale. Ils se sont servis de leur statut de rappeurs connus pour partager une musique qui transmet un message politique, et encourager leurs concitoyens à s’engager davantage.

Pour faire entendre leur message, les activistes ont dû utiliser des méthodes créatives. En plus de l’organisation de concerts informels, ils ont travaillé avec des rappeurs locaux et montaient dans les bus publics pour quelques arrêts, pour distribuer des flyers et rapper sur la situation politique et l’importance de voter. Ils ont créé une “Foire aux Problèmes” pendant laquelle plus de 300 participants ont tenu des stands pour ouvrir le dialogue et le débat sur les problèmes quotidiens au Sénégal, allant du transport à l’éducation, passant par le prix de la nourriture. Environ 7000 personnes ont participé à cette foire, pour écouter et partager. En dehors de Y’en a marre, d’autres initiatives, utilisant les mêmes outils, ont vu le jour. Les rappeurs Xuman et Keyti ont lancé le “Journal Rappé” – une émission hebdomadaire de nouvelles rappées en français et en Wolof. Ce projet démontre à nouveau comment la musique peut être efficace pour toucher le grand public et pour relayer les actualités. Le Journal Rappé s’est à présent étendu au Niger et à la Côte-d’Ivoire, avec des rappeurs locaux qui produisent leurs propres émissions.

Depuis que Macky Sall a été élu en 2012, Y’en a Marre reste engagé pour s’assurer qu’il s’engage pour aider son pays. Ils continuent aussi à suivre les nouvelles décisions politiques. Le 16 février 2016, malgré sa promesse de réduire le mandat présidentiel sénégalais de 7 à 5 ans dès son propre mandat, Sall a annoncé qu’il restera au pouvoir pour la totalité des 7 ans et que le mandat présidentiel sera limité à 5 ans à partir de 2019 seulement. Cette réforme a été soumise au peuple sénégalais lors du référendum constitutionnel du 20 Mars. Y’en a marre, à travers leur page Facebook, ont publié un nouveau single le 24 Février et ont appelé diverses organisations sociales, mouvements citoyens et individus, à l’action. Le slogan du « Front du Non » encourage les gens à voter « non » afin de d’obliger Sall à respecter sa promesse.  Il y eu une faible participation au référendum du 20 Mars, mais le « Oui » l’a remporté à la majorité, soutenant le référendum (et Macky Sall).

Y’en a marre, à l’aide de leur guérilla de la poésie urbaine, qui promeut la justice sociale à travers les traditions orales, revisitées dans un style de musique moderne, a montré que la façon dont nous usons de nos mots peut être notre meilleure et plus puissante arme. Leurs actions en amont de l’élection de 2012 ont montré à la communauté que tout le monde peut et doit être impliqué. Leurs méthodes étaient simples, s’agissant surtout d’aller de personne à personne, de quartier à quartier, en partageant de la musique et en initiant des échanges. Bien que leur statut de rappeur les ait aidé à gagner du terrain, l’objectif était de lancer un mouvement auquel toute la communauté se joindrait et de montrer que tout le monde a les outils nécessaires pour être engagé politiquement, pour exiger que les politiciens répondent aux questions d’importance primordiale pour la communauté. Ils ont porté l’esprit de résistance et de responsabilité dans l’environnement politique du Sénégal et ont donné aux jeunes l’information et le soutien nécessaire pour devenir « le Nouveau Type de Sénégalais », ainsi que la volonté de se battre avec leurs mots pour défendre leur vision du Sénégal.